Histoire de Ségur


SEGUR, lieu sûr, lieu protégé et défendu. En effet il semble que, très tôt, dès le VIIIème siècle, sur le lieu se soit établie une défense, voire une place forte, construite avec du bois et des rochers.


Le premier château édifié au 9e siècle, vit naître les premiers vicomtes de Limoges... Au temps de Charlemagne le Limousin était un vaste comté dont l'administrateur, le comte, désigné par le souverain, résidait à Limoges.

 

A partir du milieu du IXe siècle, les comtes s'éloignèrent du Limousin pour aller résider à Toulouse, Clermont ou Poitiers. C'est à ce moment que, territoires et juridictions furent confiés à leurs représentants les vice-comtes, autrement dit les vicomtes. Il y eu donc ainsi, désormais, un vicomte de Limoges auquel on ne confia pas la totalité du territoire.

 

Le Limousin fut partagé entre un certain nombre d'autres vicomtes implantés chacun sur un éperon naturellement fortifié. Par exemple, pour le Bas Limousin, un vicomte fut installé à SEGUR, un autre à Comborn et un autre à Tulle. Au moyen-âge, le Limousin compta quatre vicomtés illustres; SEGUR, COMBORN, VENTADOUR, TURENNE...et résonnent encore le chant des troubadours.


La première maison vicomtale remonterait à 876 avec Eudebert et Foucher. Au IXe siècle, Eudes, Duc d'Aquitaine, aurait établi Foucher (Fulchérius) vicomte de SEGUR. Pour faire face aux invasions des Normands, hommes venus des rivages de Suède de Norvège ou du Danemark, Foucher aurait dirigé les travaux de fortification du château de SEGUR et commandé la défense. 


A la fin du Xe siècle le mariage de Guy 1er fils du vicomte de Limoges, avec sa cousine Emma fille d'Adhémar vicomte de SEGUR, réalisa pour des siècles la fusion entre les deux vicomtés et fit du château de SEGUR l'une des forteresses majeures du Limousin.

 

Bien que SEGUR n'ai jamais été la capitale de la vicomté, il est indéniable que les vicomtes y ont souvent résidé. Très rapidement ils y ont installé des familles de chevaliers vassaux ainsi qu'un certain nombre d'officiers chargés de rendre la justice et d'administrer en leur nom la châtellenie. Ces vassaux seront chargés pendant plusieurs décennies de la publication des édits royaux, de la perception des impôts et de la justice. 


Au XIIe siècle les vicomtes de Limoges deviennent pour un certain temps vassaux de la couronne d'Angleterre lorsque Henri Plantagenet en devient détenteur. 


C'est en 1177 que, pour reprendre SEGUR aux Anglais, un certain Lothar aurait détruit le château sur l'ordre de Raymond II vicomte de Turenne. Richard Coeur de Lion, fils de Henri Plantagenet et d'Aliènor d'Aquitaine, devenu roi d'Angleterre trouve la mort à Chalus en 1199.


Marie, fille de Guy VI, épouse Arthus de Bretagne en 1275. Cette alliance rattache la vicomté de SEGUR au duché de Bretagne et cela pour deux siècles.


Durant la guerre de cent ans SEGUR subit la domination Anglaise.


Dans la première moitié du XVe siècle, le vicomte Jean de Bretagne dit "de l'Aigle", célèbre capitaine au service du roi de France, est nommé lieutenant-général en Limousin par le roi charles VII. Vicomte de Limoges, il songea à faire de SEGUR le siège général de sa justice d'appel. Il décède en 1452. Sa femme, Marguerite de Chauvigny, s'éteint en 1473. Elle est inhumée dans la chapelle du château de SEGUR.


C'est au château de SEGUR que fut célébré le mariage de la dernière héritière des vicomtes, Françoise de Bretagne, avec Alain d'Albret. L'un de leurs 8 enfants, Jean d'Albret, vit le jour à SEGUR. Il sera le 1er de la famille d'Albret à devenir roi de Navarre en épousant Catherine de Foix. Jean fut l'aïeul de Jeanne d'Albret mère de Henri de Bourbon qui deviendra Henri IV. La vicomté de SEGUR / Limoges fut réunie à la couronne de France par le roi Henri IV qui fut le dernier vicomte de SEGUR.


Mais ce qui donna "éclat" et renom à SEGUR fut, de toute évidence, la Cour des Appeaux, cette institution dont la ville fut légitimement fière et qui fonctionna du XVe siècle jusqu'en 1750.


Il existait de tout temps à Ségur une justice seigneuriale de 1er degré : Justice ordinaire dont on trouve trace dans de nombreux écrits. C'est probablement Alain d'Albret qui s'efforça de restaurer l'autorité vicomtale. Il élut domicile à Ségur de 1468 à 1522 et obtint du roi le privilège d'établir en ce lieu une cour d'appel de justice intervenant, comme son nom l'indique, entre les justices seigneuriales ordinaires et le parlement Royal de Paris. Tout recours contre une décision de justice prise dans l'une des 150 juridictions seigneuriales du comté de Périgueux et de la vicomté de Limoges devait être débattu devant la Cour des Appeaux de SEGUR avant d'être éventuellement porté devant le parlement royal.

 

SEGUR connut dès lors une animation fébrile avec l'afflux de magistrats, plaignants et plaideurs, qui logeaient à demeure ou temporairement dans les maisons et hôtels du bourg. Ainsi s'explique cette grande vague de constructions de demeures de qualité, relativement nombreuses, dont quelques unes subsistent encore de nos jours. La plupart de ces demeures, desservies par d’élégants escaliers en vis, en pierre du pays, possèdent de magnifiques pièces agrémentées de cheminées monumentales.


La Cour se réunissait dans une bâtiment, aujourd'hui disparu, qui se situait sur le champ de foire pas très loin du pont Notre-Dame. Soumis parfois aux caprices de la rivière, la cour devait trouver refuge dans des maisons avoisinantes.


Cette cour fonctionna jusqu'en janvier 1750 date à laquelle un édit royal y mit un terme au profit d'une sénéchaussée à Saint-Yrieix.


SEGUR par la suite a traversé la période révolutionnaire sans à-coups majeurs comme bien d'autres cités limousines. Néanmoins, on retiendra la destruction des titres féodaux, que l’on brûla en 1793 sur le champ de foire.
En 1795 le château, qui appartenait aux Hautefort, fut acheté pour 30 francs par un certain Gabriel Dumas Lavareille qui, après avoir été fermier de la famille et administrateur du haras royal de Pompadour, était devenu maire de SEGUR.

 

SEGUR...Petit village Corrézien, comme tombé du ciel, plus que pittoresque, tout fabriqué en pierres anciennes, au creux d'une douce vallée où coule l'Auvézère - ou Haut Vézère - Cette petite rivière parfois capricieuse, enserre dans une de ses boucles le piton rocheux où se niche le vieux château. Maisons et demeures de caractère se blottissent avec grâce au pied de l'édifice, conférant à l'ensemble un charme subtil doublé d'une indicible magie. "SEGUR"...lieu sûr, sécuritas, sécurus, toute l'étymologie s'y retrouve dans l'expression familière et patoisante... "Qué plo ségur"...

Lorsque Henri  III de Navarre devint Roi de France sous le nom d’Henri IV, celui-ci rattacha, en 1607, la vicomté de Limoges et de Ségur au domaine royal. Cet événement fut à l’origine de l’affaiblissement sensible du dynamisme et du rayonnement du village. Malgré tout, la cour des appeaux continua à fonctionner, mais de manière moins intense, jusqu’au milieu du XVIIIe siècle.

 

Sa suppression en 1750 au profit de la sénéchaussée de Saint-Yrieix, mit un terme à l’animation que connaissait le village au cours des siècles précédents. Peu à peu magistrats, notaires et familles bourgeoises, que l’interruption de cette cour de justice touchait de plein fouet, s’éloignèrent de Ségur.

Le village prit doucement l’aspect d’une bourgade calme tout en conservant une activité artisanale et commerciale importante, bénéficiant durant plusieurs décennies de la dynamique impulsée par l’ancienne cour de justice. La période révolutionnaire connut la destruction des titres féodaux, brulés en place public. 

 

Au XIXe et jusqu’à la moitié du XXe siècle, Ségur est un bourg rural dont l’activité est liée essentiellement  à la campagne et à l’agriculture. Artisanat et commerces de toute sorte y sont particulièrement développés. Aux alentours de 1870, tous les corps de métier étaient encore présents à Ségur. Le village comptait près de 1000 habitants qui pouvaient vivre en complète autarcie.

C’est ainsi que  notaire, coiffeur, maréchal ferrant, médecin, sabotier, charron…  pouvaient se rencontrer dans l’un des nombreux commerces que comptait le village – 4 Epiceries, 2 boulangeries, 5 boucheries, 3 cabaretiers, 3 aubergistes, 3 merceries, 2 quincaillers …

 

Ces "artisans d’art" qu’étaient les charrons et les forgerons, composaient une aide précieuse aux  agriculteurs, pour la réparation ou la confection des charrettes et des tombereaux, pour le cerclage des roues, pour la fabrication ou la réparation des Joux d’attelage ou des  timons, pour la réparation de la herse et de la charrue, fabrication de brouettes…
 

En 1920, Ségur comptait encore 850 habitants. C’était un bourg rural avec une activité importante liée à sa rivière jusqu’au milieu du XXe siècle. 3 moulins fonctionnaient encore en 1900. Le moulin Richard en amont, le moulin Saint-Laurent au centre et le moulin Grimal en aval. Ces moulins inscrits sur la carte Cassini (1740) sont dits « Fondés en Titre » au regard du droit d’eau inaliénable acquit pour ces moulins qui fonctionnaient avec la force hydraulique transmise par des montages mécaniques en bois. Leur activité principale était de fabriquer de la farine pour les boulangeries locales. A la fin du 18ème et au début du 19ème siècle, ces moulins ont également broyé les pommes pour la fabrication du cidre mais ils ont également fabriqué de l’huile de noix.

En 1907 Le moulin Saint Laurent, qui se trouve au centre du bourg, s’est transformé en minoterie à 4 niveaux de hauteur de bâtiment. Cela a permis la suppression des meules et l’installation d’un système de broyage, avec des cylindres cannelés métalliques, accompagné, au dernier étage, de systèmes de tamisage appelés "planchisters".
Cette transformation importante a permis de faire évoluer considérablement la production tout en laissant la main au meunier qui règle et assure la qualité pour la farine artisanale.

 

Dans les années 20 le Moulin Richard, le plus en amont sur l’Auvezère, a eu la particularité de fabriquer de l’électricité avec une dynamo. Cela permit de mettre en place le premier éclairage public de la commune.

En quelques lignes voici l’histoire : En 1922, le propriétaire du Moulin Richard décide de mettre un terme à son métier de meunier et de vendre le moulin. En 1923 le Maire de Ségur, le Curé de la paroisse ainsi qu’un jeune artisan de la Commune, Monsieur Robert Breuil, décident d’acheter le moulin afin d’y installer une centrale. Les 3 amis forment une société anonyme et lancent une souscription auprès de la population. Les résultats obtenus dépassent leurs espoirs; ils récupèrent suffisamment d’argent pour lancer leur projet. Monsieur Breuil se charge du gros œuvre, de l’installation de la turbine, d’un régulateur et d’un alternateur, matériel assez puissant pour fournir un courant continu de 110 volts en force motrice. Le travail fut mené rondement et tout fut fin prêt pour l’inauguration qui eut lieu le dernier dimanche de septembre 1924, le jour de la fête patronale de Ségur. C’est ainsi que la lumière des premières ampoules purent tomber des réverbères pour éclairer la rue principale. Une grande première pour l’époque. A la tombée de la nuit on venait des villages voisins pour "voir" l’électricité à Ségur.

Le Syndicat d’Electrification de Lubersac mit fin à cette belle aventure. L’usine s’arrêta en décembre 1930 après 6 ans de service. Ségur était, à l’époque, une des premières communes du canton à avoir l’électricité!

Une profession aujourd’hui disparue était étroitement liée à la proximité de la rivière. 2 personnes  exerçaient le pénible métier de Dragueur et Vendeur de sable. Chacun d’eux faisait ainsi vivre une famille de 4 personnes. Le sable de rivière était, et reste, un sable haut de gamme. En effet, propre et qualitatif, il est très recherché par les professionnels du bâtiment pour les finitions et la fabrication des parpaings. Le métier de dragueur nécessitait quelques qualités physiques. L’équipement se limitait à 1 barque à fond plat, 1 perche, 1 grande pelle et surtout 1 drague. La drague peut-être assimilée à une grande écope percée de petits trous pour l’écoulement de l’eau. Il valait mieux, également, posséder un quai de déchargement. L’homme partait tôt le matin lorsque la rivière le permettait. Après avoir choisi judicieusement l’endroit, la barque était attachée à un arbre ou à une de ses branches du bord de berge. Le sable était remonté à la drague et déposé sur le plancher du bateau. De temps en temps il était nécessaire d’écoper pour alléger la charge car le sable était mouillé et le surplus d’eau s’écoulait dans le bateau. Ensuite venait le moment de la confection des parpaings. L’entretien annuel de la barque était indispensable pour la pérennité du matériel et cela se faisait en été avec le goudronnage complet de la coque.

Jusqu’à la moitié du XXe siècle l’école communale comportait 3 classes distinctes et 3 instituteurs qui s’évertuaient à transmettre savoir et éducation aux enfants du village et alentours. Les jeunes écoliers qui habitaient la campagne partaient tôt le matin et n’hésitaient pas à parcourir plusieurs kilomètres, matin et soir, pour venir à l’école. Celle-ci ne regroupait pas moins de 80 élèves. L’enseignement allait du cours préparatoire à la dernière année de préparation à l’examen tant prisé du Certificat d’Etudes Primaires. Les classes se composaient, de ce fait, de plusieurs niveaux. Pour les enfants qui habitaient loin, le déjeuner du midi se prenait sur place ou à la petite auberge du coin, chez "la Margot".